POURQUOI
je ne suis plus catholique

Le pape, successeur de Pierre ?

Le 18 juillet 1870, le concile Vatican I définit le dogme de l'infaillibilité et de la primauté juridictionnelle du pape. Les cardinaux reconnaissent comme vraies et irrévocables les interprétations du dogme prononcées par le souverain pontife. Avec une nuance toutefois : ses décisions n'ont de valeur que si elles sont prononcées de façon solennelle, devant le peuple, ex cathedra. L'infaillibilité ne s'applique pas aux décisions ordinaires du souverain pontife, en matière de discipline, de morale ou de gestion des affaires courantes.

Convoqué par Pie IX, le premier concile œcuménique du Vatican du 8 décembre 1869 au 20 octobre 1870.
Pie IX.
Pape de 1846 à 1878

Si donc quelqu'un dit que ce n'est pas par l'institution du Christ ou de droit divin que le bienheureux Pierre a des successeurs dans sa primauté sur l'Église universelle, ou que le Pontife romain n'est pas le successeur du bienheureux Pierre en cette primauté, qu'il soit anathème. (c’est-à-dire déclaré hérétique).

Pastor Aeternus, Concile Vatican I, 18 juillet 1870 (fin chap. 1 et fin chap. 2)

Voilà qui mettait un point final à toute discussion ou contestation.
Ce que l'on peut comprendre : si Pierre n’est pas allé à Rome et n'a pas pris la direction de l'église alors c’est tout l’édifice de la Papauté qui s’écroule.

Au Vatican sculture figurant l'apôtre Pierre tenant les clefs du royaume

La primauté de Pierre

Jésus choisit clairement Pierre pour le mettre à la tête des apôtres.

M. Dubost et S. Lalanne, Le nouveau Théo : l’encyclopédie catholique pour tous, Paris, Mame, 2009, p. 645

Christ a décrété que la primauté de Pierre se transmettrait perpétuellement ; les évêques de Rome sont ses successeurs.

New Catholic Encyclopedia, 2003, volume 11, pages 496

Si quelqu'un donc dit que le bienheureux Apôtre Pierre n'a pas été établi par le Christ notre Seigneur chef de tous les Apôtres et tête visible de toute l'Église militante ; ou que ce même Apôtre n'a reçu directement et immédiatement du Christ notre Seigneur qu'une primauté d'honneur et non une primauté de juridiction véritable et proprement dite, qu'il soit anathème.

Concile Vatican I, Pastor Aeternus, 18 juillet 1870

Qu'en est-il réellement ? Pour affirmer la primauté de Pierre, l'Eglise met en avant un unique verset biblique :

Eh bien ! moi je te dis : Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église (Mathieu 16 :18, Jé)

Au coeur de Saint Pierre de Rome, sous la coupole conçue par Michel Ange, éclairée par 16 fenêtres, figure cette mention en latin.

Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église, et je te donnerai les clés du royaume des cieux.

Ce que dit la Bible

Les versets précédents Mathieu 16 :18 indiquent que l’échange entre Jésus et Pierre portait sur l’identité et le rôle du Christ, et non sur le rôle qui serait dévolu à Pierre :

Arrivé dans la région de Césarée de Philippe, Jésus posa à ses disciples cette question : « Au dire des gens, qu'est le Fils de l'homme ? »  Ils dirent : « Pour les uns, Jean le Baptiste ; pour d'autres, Élie ; pour d'autres encore, Jérémie ou quelqu'un des prophètes. » « Mais pour vous, leur dit-il, qui suis-je ? »  Simon-Pierre répondit : « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant. »  En réponse, Jésus lui dit : « Tu es heureux, Simon fils de Jonas, car cette révélation t'est venue, non de la chair et du sang, mais de mon Père qui est dans les cieux. Eh bien ! moi je te dis : Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église, et les Portes de l'Hadès ne tiendront pas contre elle. (Matthieu 16:13-18, Jé)

Jésus ne dit pas "Tu es Pierre, et sur ce Pierre je bâtirai mon Église". Mais "sur cette pierre" (la plupart des versions bibliques) ou encore "sur ce roc" (selon quelques autres traductions : Rilliet, TMN,…)

Dans les langues originelles, les mots traduits par "Pierre", et qui signifient "Morceau de roche", sont au masculin (grec : Pétros, masculin ; latin : Petrus, masc. ; syrien : Kiʼphaʼ précédé du pronom personnel masculin hou) ; en revanche, les mots traduits par "roc" sont au féminin (grec : pétraï, datif, féminin singulier ; latin : petram, féminin ; syrien : kiʼphaʼ précédé de l’adjectif démonstratif féminin hadèʼ). - Note TMN 1995

Le point de vue de Pierre

Pierre n’a jamais revendiqué être la pierre et il désigne Jésus comme étant la pierre.

Approchez-vous de lui (le Seigneur Jésus Christ) (...). Vous mêmes, comme pierres vivantes, prêtez-vous à l’édification d’un édifice spirituel (...). Car il y a dans l’Écriture: Voici que je pose en Sion une pierre angulaire, choisie, précieuse, et celui qui se confie en elle ne sera pas confondu. À vous donc, les croyants, l’honneur, mais pour les incrédules, la pierre qu’ont rejetée les constructeurs, celle-là est devenue la tête de l’angle, une pierre d’achoppement et un rocher qui fait tomber. (1 Pierre 2:4-8, Jé)

Pierre a bel et bien reçu de grandes responsabilités dans la congrégation, mais nulle part dans la Bible il n’a prétendu en être le chef ni n’a pris de décisions pour l’ensemble des disciples, ce qui aurait pu laisser supposer qu’il l’était. Dans sa première lettre, il s’est présenté comme un "apôtre" et un "ancien", rien de plus.

Pierre, apôtre de Jésus Christ, aux étrangers de la Dispersion : du Pont, de Galatie, de Cappadoce, d'Asie et de Bithynie, élus (1 Pierre 1:1, Jé)
Les anciens qui sont parmi nous, je les exhorte, moi, ancien comme eux, témoin des souffrances du Christ, et qui dois participer à la gloire qui va être révélée. (1 Pierre 5:1 Jé)

Pierre a-t-il accepté que les autres disciples lui accordent un traitement de faveur ? Non. Il a refusé qu’on lui rende un hommage particulier.

Au moment où Pierre entrait, Corneille vint à sa rencontre et, tombant à ses pieds, se prosterna. Mais Pierre le releva en disant : "Relève-toi. Je ne suis qu'un homme, moi aussi." (Actes 10:25, 26, Jé)

Le point de vue de Paul

De fondement, en effet, nul n'en peut poser d'autre que celui qui s'y trouve, c'est-à-dire Jésus Christ. (1 Corinthiens 3:11, Jé)
Car la construction que vous êtes a pour fondations les apôtres et prophètes, et pour pierre d’angle le Christ Jésus lui-même. (Éph. 2:20, Jé)
Le Christ est chef de l’Église. (Éph. 5:23, Jé)

Paul a certes écrit que Pierre s’était vu confier "un apostolat pour les circoncis". (Galates 2:8.) Cependant, comme l’indique le contexte, Paul ne voulait pas dire par là que Pierre dirigeait la congrégation. Il rappelait simplement que Pierre avait été chargé de prêcher aux Juifs.

Le point de vue de Jean

Une trentaine d’années après Paul, vers la fin du Ier siècle, Jean a rédigé trois lettres ainsi que le livre de la Révélation de Jésus ou Apocalypse. À aucun moment il n’a laissé entendre que la congrégation de Rome occupait une position supérieure. Il n’a pas non plus évoqué un quelconque chef de l’église qui aurait détenu la charge suprême de successeur de Pierre.
Jean a même repris sévèrement un disciple nommé Diotréphès qui aimait "occuper la première place".

J'ai écrit un mot à l'Église. Mais Diotréphès, qui est avide d'y occuper la première place, ne nous reçoit pas. C'est pourquoi je ne manquerai pas, si je viens, de rappeler sa conduite. (3 Jean 9, Jé)

Le point de vue des apôtres

Les autres apôtres considéraient-ils Pierre comme supérieur à eux ? Si Pierre était la "pierre", la question de savoir "lequel d’entre eux pouvait être tenu pour le plus grand" aurait-elle été soulevée ?

Il s’éleva aussi entre eux (les apôtres) une contestation: lequel d’entre eux pouvait être tenu pour le plus grand ? Il (Jésus) leur dit: ‘Les rois des nations dominent sur elles, et ceux qui exercent le pouvoir sur elles se font appeler Bienfaiteurs. Mais pour vous, il n’en va pas ainsi.’ (Luc 22:24-26, Jé)

Le point de vue de Jésus

N'appelez personne votre "Père" sur la terre : car vous n'en avez qu'un, le Père céleste. (Mt 23:9, Jé)

Ne vous faites pas non plus appeler "Directeurs" : car vous n'avez qu'un Directeur, le Christ. (Mt 23:10, Jé)

"Directeurs" (bibles Jé, Louis Segond) ou "Conducteurs" (Darby, TMN) ou "Maitres" (Crampon).

Le changement de point de vue d’Augustin d'Hippone

(Saint Augustin pour les catholiques)
Augustin d'Hippone. Philosophe et théologien chrétien romain (354-430)

Durant la même période de mon sacerdoce, j’ai écrit un livre contre une lettre de Donat (...). Dans un passage de cet ouvrage, je disais de l’apôtre Pierre: "Il est la pierre sur laquelle l’Église a été édifiée." (...) Mais je sais que par la suite j’ai très souvent exposé les paroles du Seigneur: "Tu es Pierre et sur cette pierre j’édifierai mon Église" de manière à faire comprendre que l’Église est édifiée sur Celui que Pierre a confessé en disant: "Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant." Ainsi, Pierre, nommé après cette pierre, représente la personne de l’Église qui est édifiée sur elle et a reçu "les clés du royaume des cieux". Car il lui a été dit: "Tu es Pierre", et non: "Tu es la pierre." Or "la pierre était Christ", et après l’avoir confessé, comme le fait l’Église tout entière, Simon a été appelé Pierre.

The Fathers of the Church — Saint Augustine, the Retractations, Washington, 1968, tome I, p. 90

Conclusion

La primauté de Pierre n'a pas de fondement biblique !

Pierre s'est-il rendu à Rome ?

Le séjour et la mort de saint Pierre à Rome sont établis au-delà de toute contestation comme des faits historiques par une série de témoignages distincts allant de la fin du premier siècle à la fin du deuxième siècle.

L’Encyclopédie catholique

Considérons ces témoignages "incontestables".

Clément de Rome.
4e évêque de Rome (fin du Ier siècle)

Clément de Rome

On prétend que Clément de Rome confirme que Pierre a séjourné à Rome. Il écrivit :

Oui, regardons les saints Apôtres : Pierre, victime d'une injuste jalousie subit non pas une ou deux, mais de nombreuses épreuves et après avoir ainsi rendu son témoignage, il s'en est allé au séjour de la gloire, où l'avait conduit son mérite. C'est par suite de la jalousie et de la discorde que Paul a montré quel est le prix de la patience : chargé sept fois de chaînes, exilé, lapidé, il devint héraut du Seigneur au levant et au couchant et reçut pour prix de sa foi une gloire éclatante. Après avoir enseigné la justice au monde entier, jusqu'aux bornes du couchant, il a rendu son témoignage devant les autorités et c'est ainsi qu'il a quitté ce monde pour gagner le lieu saint, demeurant pour tous un illustre modèle de patience.

Epître de Clément de Rome aux Corinthiens V:3-7 (apocryphe, non retenu dans le canon des Écritures)

Clément ne dit pas que Pierre et Paul sont morts en martyrs à Rome. C’est seulement à propos de Paul qu’il dit qu’il prêcha "au levant et au couchant", c'est à dire "en Orient et en Occident", ce qui laisse entendre que Pierre n’est jamais allé en Occident (puisqu’il servit plutôt en Orient, à Babylone notamment). Ainsi, le témoignage de Clément laisse plutôt entendre que Pierre n’est pas allé à Rome.

Ignace d'Antioche.
3ème évêque d'Antioche (début du 2ème siècle)

Ignace d'Antioche

Ignace s’adressant aux chrétiens de Rome :

Je ne vous donne pas des ordres, comme Pierre et Paul. Ils étaient des Apôtres, et je suis un condamné ; ils étaient libres, et je suis un esclave jusqu’à présent.

Lettre d'Ignace d'Antioche aux Romains IV:2 (apocryphe)

Ignace dit-il que Pierre et Paul étaient à Rome ? Non, il dit simplement qu’en tant qu’apôtres, ils donnaient des commandements. Rappelons que des commandements peuvent être donnés au moyen d’une lettre, ou verbalement par l’intermédiaire d’un messager. Celui qui donne des commandements n’a pas besoin d’être personnellement présent.

Irénée de Lyon.
2ème évêque de Lyon (IIe siècle entre 177 et 202)

Irénée de Lyon

Irénée dit clairement que Pierre séjourna à Rome et qu'avec Paul il fondèrent l'église :

Ainsi Matthieu, chez les Hébreux, a publié un Évangile écrit en leur langue, au temps où Pierre et Paul proclamaient la Bonne Nouvelle à Rome et y fondaient l’Église. (...) l'Église très grande, très ancienne et connue de tous, que les deux très glorieux apôtres Pierre et Paul fondèrent et établirent à Rome.

Irénée de Lyon, Contre les hérésies (apocryphe)

Seulement il y a un hic. Il se peut aussi bien que ces déclarations ne soient pas d’Irénée. Les écrits originaux en grec d’Irénée ont été perdus. Ces déclarations qui lui sont attribuées ont été traduites d’une version latine douteuse retrouvée des centaines d’années plus tard.

La preuve la plus puissante que l’on puisse opposer à ces déclarations attribuées à Irénée est leur désaccord avec la Bible. La lettre de Paul aux Romains montre qu’il y avait des chrétiens à Rome avant que l’apôtre ne vînt dans cette ville.

Louis Elliès Dupin.
Historien, théologien, professeur, ecclésiastique (1657-1719)

Louis Elliès Dupin

Les catholiques [ont] inventé de fausses histoires, de faux miracles et de fausses vies de saints pour nourrir et entretenir la piété des fidèles.

Louis Elliès Dupin, Nouvelle bibliothèque des auteurs ecclésiastiques, contenant l'histoire de leur vie, Volume 1, Introduction, p. 14

Il est cocasse de constater que la plupart des témoignages mis en avant par l'église catholique, outre qu'ils soient tardifs, proviennent de gens qui s'étaient appropriés le pouvoir sur l'église de Rome. Au mépris des recommandations de Jésus et des apôtres. Rappelons qu'au temps des apôtres la direction était collégiale, assurée par des anciens à Jérusalem. Vers la fin du 1er siècle l'apôtre Jean avait vu venir les choses :

Je sais, moi, qu'après mon départ il s'introduira parmi vous des loups redoutables qui ne ménageront pas le troupeau, et que du milieu même de vous se lèveront des hommes tenant des discours pervers dans le but d'entraîner les disciples à leur suite. (Actes 20:29, Jé)

L'histoire de l'église catholique ne sera pas autre chose, avec un clergé qui traitera le peuple avec dureté et mépris, des papes dont certains se révélerons particulièrement cruels ou corrompus, une église violente et belliqueuse, baignant dans le sang (hérétiques, inquisitions, guerres de religion, croisades...).
Que restait-il du christianisme ?

Alexandre VI.
Pape de 1492 à 1503 (1431-1503)

Alexandre VI

On atteint le sommet du scandale (...). Luxe fastueux, dépravation, corruption, intrigues, crimes, achèvent de déconsidérer la papauté.

M. Dubost et S. Lalanne, Paris, Mame, 2009, p. 361

Ce que nous apprend la Bible

Les Écritures inspirées, y compris les deux lettres écrites par Pierre, ne parlent pas d'une visite de l'apôtre à Rome. Et à supposer que Pierre ait prêché à Rome, rien ne permet d’affirmer qu’il était le chef de la congrégation de cette ville.

Lorsque Paul écrivit aux Romains (vers 56 de n è) il mentionne 35 noms (Rom. 16:3-15) dans sa lettre dont 26 personnes auquelles il envoie des salutations. Si Pierre avait été à la tête de la congrégation de Rome, on peut difficilement concevoir que Paul ait oublié ou omis de le citer.

Pierre ne figure pas non plus parmi ceux qui joignent leurs salutations à celles de Paul dans les lettres que celui-ci écrivit de Rome (Éphésiens, Philippiens, Colossiens, 2 Timothée, Philémon, Hébreux). Dans aucune il n’est question de Pierre. N'est-ce pas tout simplement parce que Pierre ne se trouvait pas à Rome ?

Une trentaine d’années après que Paul a écrit ses lettres, Jean a rédigé trois lettres ainsi que le livre de l’apocalypse ou Révélation. À aucun moment il n’a laissé entendre que la congrégation de Rome occupait une position supérieure. Il n’a pas non plus évoqué un quelconque chef de l’église qui aurait détenu la charge suprême de successeur de Pierre.

Conclusion

Ni la Bible ni les faits historiques ne permettent d’affirmer que Pierre se soit autoproclamé premier évêque de la congrégation de Rome. Seuls des textes apocriphes postérieurs au 1er siècle font état de la présence de Pierre à Rome. Ce qui ressemble fort à une ré-écriture de l'histoire.

Babylone serait Rome ?

C'est une tentative d'interprétation "orientée" (quand ils manquent d'arguments certains essaye d'en inventer...) du passage de I Pierre 5:13. Pierre écrit depuis Babylone aux chrétiens de jérusalem :

Celle [l'assemblée chrétienne] qui est à Babylone, élue comme vous, vous envoie ses salutations.

Dans une note en bas de page, une traduction catholique (New American Bible), identifie ainsi cette "Babylone" : "Rome qui, comme l’ancienne Babylone, conquit Jérusalem et détruisit son temple."
Toutefois, cette traduction reconnaît que, si Pierre est l’auteur de cette lettre, "elle doit être datée d’avant 64-67 de notre ère, époque à laquelle il a été exécuté sous le règne de Néron".
Or, Jérusalem n’a pas été détruite par les Romains avant l’an 70 de notre ère. Ainsi, lorsque Pierre écrivit sa lettre, ce parallèle entre Babylone et Rome n’existait pas !

Néron. Empereur romain de 54 à 68 (37-68)

Puisqu’apparemment la persécution cruelle des chrétiens par le gouvernement romain (sous Néron) n’avait pas encore commencé, il n’y avait aucune raison que Pierre cache l’identité de Rome en la désignant par un autre nom.

Nulle part la Bible n'indique que Babylone désigne Rome. Puisque Pierre a adressé sa lettre aux chrétiens des régions littérales du Pont, de la Galatie, de la Cappadoce, de l'Asie et de la Bithynie, il s'ensuit logiquement que sa référence à Babylone désigne le lieu géographique qui porte ce nom (1 : 1).

L’identification de Babylone à Rome a été mise en doute par des biblistes catholiques romains des siècles passés, parmi lesquels Pierre de Marca, Jean-Baptiste Spagnoli, Michel de Ceza, Marsile de Padoue, Jean Aventin, John Leland, Charles du Moulin, Louis Elliès Dupin et le célèbre Desiderius Erasmus (Didier Érasme).

Pierre de Marca.
Historien et archevêque francais (1594-1662)
Marsile de Padoue.
Médecin et théoricien politique italien (1275-1342)
Charles du Moulin.
*** (historien et archevêque 1594-1662)
Desiderius Erasmus.
Philosophe, écrivain latin, humaniste et théologien des Pays-Bas (1467-1536)
Louis Elliès Dupin.
Théologien et historien français (1657-1719)

La première épître de Pierre est datée de Babylone. Un grand nombre d’anciens ont compris que ce nom signifiait Rome, mais aucune raison ne semble avoir pu inciter saint Pierre à changer le nom de Rome en celui de Babylone. Comment ceux à qui il écrivit auraient-ils pu comprendre que Babylone était Rome ?

Louis Elliès Dupin

Une seule ville est appelée Babylone dans les saintes Écritures. Il s’agit de la ville située sur l’Euphrate. Dans les premiers siècles de notre ère, il y avait une communauté juive importante en Babylonie.

L' Encyclopaedia Judaica parle des "grandes académies (rabbiniques) de Babylone" qui fonctionnaient durant l’ère chrétienne.

Encyclopaedia Judaica, Jérusalem, 1971, tome XV, col. 755

La Babylonie demeura un centre du judaïsme oriental durant des siècles, et les discussions dans les écoles rabbiniques donnèrent naissance au talmud de Jérusalem, au 5ème siècle de notre ère, et au talmud de Babylone, un siècle plus tard.

International Standard Bible Encyclopedia XXX quel volume ?

La présence de Pierre à Babylone s’harmonise avec la mission qu’il avait reçue et qui consistait à annoncer la bonne nouvelle aux Juifs.

et reconnaissant la grâce qui m'avait été départie, Jacques, Céphas et Jean, ces notables, ces colonnes, nous tendirent la main, à moi et à Barnabé, en signe de communion : nous irions, nous aux païens, eux à la Circoncision (Galates 2:9, Jé)

Pierre allait logiquement déployer son activité dans un centre du judaïsme, tel que Babylone, plutôt qu’à Rome, qui était essentiellement peuplée de non juifs.

Conclusion

L’identification de Babylone à Rome n’est qu’une conjecture qui n’est pas démontrée par des faits.

La mort de Pierre

La tradition du martyre de Saint-Pierre, s'appuie sur un texte fragmenté (déclaré apocryphe au VIe siècle, puis au VIIIe siècle) par l'Eglise elle-même, « les actes de Pierre », écrit par Leucius Charinus vers la fin du IIe ou le début du IIIe siècle. Y est décrite une adoration de Pierre en contradiction avec l'esprit et le comportement des disciples de Jésus.

Leucius Charinus, les actes de Pierre

Le martyre de saint Pierre est traditionnellement représenté, dans l'iconographie chrétienne, crucifié avec la tête dirigée vers le bas : l'historien Eusèbe de Césarée (263-369), un contemporain de Constantin Ier, écrit que saint Pierre « est venu à Rome et a été crucifié la tête en bas » mais il attribue cette information à Origène, un théologien mort en 254 !

Wikipedia
La crucifixion de Saint-Pierre.
Le Caravage, église Santa Maria del Popolo (Rome)
Origene.
Théologien, "Père de l'Église" (vers 185-vers 254)
Eusèbe de Césarée.
Écrivain, théologien, évêque de Césarée en Palestine (vers 265-vers 340)

Cruxifiction ?

Il n’y avait pas toujours des arbres aux endroits choisis pour l’exécution publique. On enfonçait alors une simple poutre dans le sol. On y attachait les hors-la-loi en leur liant ou en leur clouant les mains au-dessus de la tête et bien souvent aussi les pieds.

Hermann Fulda, Das Kreuz und die Kreuzigung, Fulda, 1878, p. 109

Christ, par rachat, nous a libérés de la malédiction de la Loi en devenant malédiction à notre place, parce qu’il est écrit : ‘ Le Christ nous a rachetés de cette malédiction de la Loi, devenu lui-même malédiction pour nous, car il est écrit : Maudit quiconque pend au gibet (Bible de Jérusalem), ("au bois", selon la Bible de Chouraqui, la Bible de Darby, la Bible à la Colombe et la Traduction Œcuménique de la Bible) (Galates 3:13, Jé).

Paul cite ici Deutéronome 21:22, 23, qui mentionne "un arbre" (Bible de Jérusalem), "un poteau" (Bible de Louis Segond, Bible de Darby), et non une croix.

Un pieu solide comme ceux que les fermiers plantent dans le sol pour construire leurs clôtures ou leurs barrières — ni plus ni moins.

Henry Dana Ward, History of the Cross, Londres, 1871, p. 13

RIEN n’indique qu’au cours des trois premiers siècles qui ont suivi la mort de Christ ceux qui se prétendaient chrétiens se soient servis de la croix dans leur culte. Au IVe siècle, en revanche, l’empereur païen Constantin s’est converti au christianisme apostat et a voulu que la croix en devienne le symbole.

Vers le milieu du IIIe siècle ap. J.-C., (...) les Églises admettaient en leur sein les païens (...) et leur permettaient de conserver, en grande partie, leurs signes et symboles païens. D’où le Tau ou T, (...) avec la barre transversale abaissée, qui fut adopté.

William Vine, Vine’s Expository Dictionary of Old and New Testament Words, 1940, p. 696

Peut-il être agréable au saint Jésus de voir Ses disciples se glorifier dans l’image de cet instrument (supposé) de sa peine capitale, sur lequel Il a patiemment et innocemment souffert, méprisant la honte ?

Henry Dana Ward, History of the Cross, Londres, 1871, p. 74

Reflexion

Qui porterait un couteau ou un révolver en pendantif et vénérerait l'arme qui a tuée un être cher ?

Le tombeau de Pierre ?

Des fouilles ont mis au jour ce que l’on croit être les vestiges d’un petit monument funéraire. Suffisant pour prétendre qu’il s’agit du tombeau de Pierre ? À propos des ossements qui y furent retrouvés :

Les examens anatomique et géologique indiquent que ces os datent du premier siècle ; parmi eux, se trouvent les os d’un homme de grande taille. Mais rien ne prouve qu’il s’agisse des os de saint Pierre.

New Catholic encyclopedia

En vérité, j’ose le dire, car je l’ai vu et entendu à Rome, personne ne sait avec certitude où reposent les corps de saint Pierre et de saint Paul, ni même s’ils y sont. Le Pape et les cardinaux savent parfaitement que c’est là chose incertaine. 

Martin Luther, Contre la papauté de Rome, inspirée du Diable 

Or, il n'y a pas dans l'Écriture la moindre trace de quoi que ce soit qui ressemble à un pèlerinage à la tombe d'un saint, d'un martyr, d'un prophète ou d'un apôtre. La manière même dont le Seigneur jugea bon de disposer du corps de Moïse en l'ensevelissant dans les plaines de Moab, afin que personne ne sût jamais où était son sépulcre, avait évidemment pour but de décourager les sentiments du genre de ceux qui donnent naissance aux pèlerinages.

Les deux Babylones, Alexander Hislop, 1972, p. 134

Conclusion

Décrire la mort de Pierre relève de l'affabulation.
Affirmer que son tombeau a été retrouvé à Rome l'est tout autant.